L’entorse de cheville, calvaire des sportifs

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Avec le Dr Marc Elkaim, chirurgien orthopédiste spécialiste de la cheville et du pied & Dr Jean-Christophe Miniot, médecin du sport à la Clinique Drouot Sport & Arthrose.

Saviez-vous qu’en France, nous dénombrons environ 6500 entorses par jour ? Cela concerne 1 français sur 10 000, majoritairement une population jeune, active et sportive. Mais concrètement, qu’est-ce qu’une entorse et que doit-on faire suite à ce traumatisme ?

Qu’est-ce qu’une entorse ?

Une entorse, quelle que soit l’articulation, est un étirement ou une déchirure ligamentaire survenant lors d’une torsion brutale de l’articulation. L’entorse « classique » de la cheville est un traumatisme en inversion (le pied se tord vers l’intérieur). On peut apercevoir un œdème plus ou moins gros et la marche peut s’avérer douloureuse voire impossible dans certains cas.

Pour poser un diagnostic lésionnel précis, l’examen clinique est indispensable, permettant de guider les éventuels examens complémentaires types radiographie, IRM ou échographie. Le diagnostic d’entorse n’est pas forcément bénin. Il faut rappeler que 40% d’entre elles conduiront à des douleurs résiduelles, une instabilité ou un changement d’activité sportive.
Jusqu’à preuve du contraire, une entorse de cheville n’est pas anodine.

Les examens vont permettre d’évaluer le niveau des dommages pour apporter le traitement adapté. On distingue 3 niveaux différents :
1) Entorse bénigne : les ligaments sont distendus
2) Entorse moyenne : distension des ligaments et début de déchirement
3) Entorse sévère : ligaments rompus

Dans le cas d’une entorse de cheville en rotation externe, l’examen doit servir notamment à rechercher s’il y a eu une atteinte du ligament tibio-fibulaire antéro-inférieur (LTFAI).

Entorse de cheville : Que faire immédiatement après le traumatisme ?

Contrairement à certaines croyances, il est impératif d’immobiliser la cheville après une entorse pendant environ 3 semaines avec une attelle ou une botte (en fonction de la gravité de l’entorse) afin que la cicatrisation se déroule dans les meilleures conditions. En effet, 60% des entorses de chevilles (même sévère) guérissent d’elle-même après une immobilisation et de la rééducation.

Entorse de cheville : que peuvent être les complications ?

La première complication qui peut survenir à la suite d’une entorse de cheville mal soignée notamment est l’instabilité de cheville. Une instabilité peut vouloir signifier des entorses à répétition, ce qui nous amène à la deuxième complication : des lésions ostéochondrales. C’est-à-dire une souffrance du cartilage et de l’os sous-chondrale (sous le cartilage) qui représentent un risque accru d’arthrose.

Dans 90%, l’arthrose de cheville, contrairement aux autres articulations comme le genou ou la hanche, fait suite à un traumatisme. C’est très souvent une conséquence à long terme d’une instabilité de cheville.

entorse de cheville : dans quel cas envisager une chirurgie ?

Généralement, la chirurgie n’est pas nécessaire suite à un premier traumatisme même chez les sportifs. Exception faite en cas d’instabilité récidivante de la cheville ou d’une lésion du ligament tibio-fibulaire antéro-inférieur car il est source d’arthrose et d’instabilité de cheville.
Cependant, la lésion de ce ligament est souvent diagnostiqué trop tard ce qui ne favorise pas la réussite d’une chirurgie. C’est l’une des raisons pour laquelle l’examen clinique associé aux examens complémentaires est primordial pour diagnostiquer correctement les lésions de la cheville et ainsi proposer le traitement adéquat.

Si la chirurgie est le traitement adapté, il est possible de réaliser une réparation ou reconstruction sous arthroscopie en ambulatoire. Le jour même, les patients peuvent marcher avec une attelle qu’ils garderont environ 3 semaines. Ensuite, démarre la rééducation et au bout d’un mois et demi, il sera possible de courir/trottiner sur un terrain plat. A noter que les résultats sont généralement moins bons s’il y a des lésions cartilagineuses associées.

Entorse de cheville : qu’en est-il de la prothèse de cheville ?

Théoriquement la prothèse de cheville a pour objectif de garder l’amplitude de la cheville afin d’épargner les autres articulations. On évoque la possibilité de la pose d’une prothèse en cas d’arthrose sévère de cheville. Dans les faits, ce n’est pas encore tout à fait le cas.
A l’heure actuelle, nous n’avons pas trouvé une prothèse capable de tenir dans le temps. En effet, une prothèse de cheville se change environ tous les 10 ans car il y a un risque d’usure important dû à l’instabilité de cheville. Il faudra donc traiter une instabilité de cheville en même temps que réaliser une prothèse.

entorse de cheville : et l’arthrodèse de cheville ?

Cette technique consiste à bloquer la cheville, le chirurgien orthopédiste va enlever le cartilage et insérer des vis pour bloquer l’articulation.
Grâce à cela, on peut marcher normalement et certains patients peuvent même trottiner surtout s’ils arrivaient à courir avant la chirurgie. Il est d’ailleurs également contre indiqué de courir avec une prothèse.
Cependant si l’on pratique une arthrodèse de cheville, il y a un risque de faire une arthrodèse pour d’autres articulations plus tard car le patient compensera sur d’autres articulations.

Nous avons fait de nombreux progrès ces dernières années pour l’entorse de cheville grâce à de meilleures connaissances et des nouveaux traitements. Cependant, une entorse de cheville n’est, jusqu’à preuve du contraire, jamais sans gravité. Même en urgence, il est absolument nécessaire de pratiquer un examen clinique afin de poser un diagnostic. L’immobilisation est l’un des facteurs clés de guérison d’une entorse, ne le sous-estimez pas !